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Une Assemblée constituante et une présidentielle pour fin 2004 : le plan d’Aït-Ahmed Hocine AIT-AHMED à El Watan décembre 2003 Quatre mois à peu près nous séparent de la présidentielle 2004 et vous ne vous êtes toujours pas positionné par rapport à cette échéance. Est-ce du désintérêt ou une stratégie électorale ? Je tiens d’abord à rendre hommage à la grandeur d’âme des Algériennes et Algériens grâce à laquelle ils supportent avec dignité une situation de chaos quotidien fait de toutes les formes d’insécurité, d’humiliation et de prédation. Rien ne leur a été épargné par un pouvoir absolu, occulte et qui n’a de comptes à rendre à personne. Le pire pour nos jeunes est de ne pas voir le bout du tunnel, et sans baisser les bras, ils cherchent la moindre lueur d’espoir qui leur assurerait une vie de dignité et de citoyen à part entière. Je reviens à votre question sur l’échéance “présidentielle” et je m’étonne que vous ne la posiez pas d’abord à ceux qui en pré-fabriquent les résultats depuis 40 ans. Le pouvoir absolu corrompt absolument et l’illustration flagrante de ce mot célèbre est la perversion délibérée et permanente du suffrage universel. Personne n’ignore, en effet, que le “scrutin” présidentiel est tout spécialement cuisiné par les décideurs, d’amont en aval, et dans toutes ses séquences. “Le président” étant investi d’avance par les décideurs, la question qui se pose aujourd’hui est : pourquoi ne se sont-il pas encore mis d’accord sur un candidat ? C’est auprès d’eux qu’il faut éclaircir cet épisode rocambolesque plein de haine et de règlements de comptes qui les empêche toujours de se départager, et non pas auprès du FFS. C’est à croire que vous nous prenez pour des naïfs, au point de nous croire disposés à afficher dès maintenant nos intentions tactiques. Au fond, ce qui me préoccupe ce sont les problèmes graves et prioritaires qui écrasent notre peuple. Le vrai sens du vrai problème est de savoir comment sortir d’une guerre sans nom et sans issue. Il faut cesser de se moquer des Algériens en leur faisant jouer les prolongations dans des sables mouvants. Loin de rompre le cercle vicieux du système, “la présidentielle” n’est que l’un des maillons-relais qui pérennisent le statu quo ante. Cette guerre que vous évoquez, elle a bien des causes et des solutions ... Comment concevez-vous cette négociation ? Quel est votre scénario pour avril 2004 ? Quel crédit accordez-vous à la déclaration du général Lamari, selon laquelle l’armée n’aura plus aucun candidat pour la présidentielle et qu’elle s’accommodera y compris de Djaballah comme chef d’Etat ? Pourtant l’armée a donné quelques gages. Des officiers ont été radiés pour avoir fait pression sur des commis de l’Etat et la promesse a été faite de supprimer le vote dans les casernes ... Les islamistes, quel peut être leur rôle ? Vous voyez partout la main des services de renseignement. Pourquoi ciblez-vous particulièrement ce corps ? Maintenez-vous toujours la thèse que l’armée est derrière les massacres de civils durant la décennie 1990. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Vedrine, l’a réfutée dans un ouvrage se basant sur des rapports de services de renseignements européens. Logique toute bête : comment voulez-vous que je maintienne une thèse que je n’ai jamais soutenue ? J’ai toujours dénoncé les violences d’où qu’elles viennent. Je n’ai jamais attribué au pouvoir ni aux groupes terroristes islamistes l’exclusivité des tueries et des assassinats ciblés. Par ailleurs, lié par un devoir de vérité et de lucidité vis-à-vis de mes compatriotes, je ne pouvais faire l’impasse sur la responsabilité des hauts dignitaires de l’armée et de la police politique, responsabilité liée tant à la genèse et au déclenchement de la violence qu’aux violations massives et systématiques des droits de l’homme résultant du coup d’Etat de janvier 1992. Je ne laisserai donc pas insinuer que mettre en cause l’incompétence politique et militaire des décideurs signifie s’en prendre à l’armée en tant qu’institution, ou dédouaner les groupes intégristes de leurs exactions. Dans un Etat de droit, les “décideurs” ne peuvent pas échapper aux conséquences de leurs décisions ; ils ne peuvent pas se soustraire à l’obligation de porter assistance à population en danger et, en tout état de cause, ils doivent obéir au devoir de protéger les populations civiles. Pour moi, les soldats ont également droit à cette protection, parce qu’ils étaient aussi des civils avant de porter l’uniforme et ils redeviennent des civils après leur période de service militaire. Le MDN a déposé plainte contre vous. Vous présenteriez-vous à la convocation d’un tribunal et pourquoi, selon vous, le ministère de la Défense a choisi ce moment-là alors que vos critiques contre l’armée ne datent pas d’aujourd’hui ? A l’opposé de la décennie 1990 où il était offensif, le FFS semble avoir perdu du terrain ces dernières années. Est-ce un repli tactique ou l’expression de difficultés internes au parti, lequel a perdu beaucoup de ses cadres en raison de la répression certes, mais aussi, dit-on, en partie à cause d’une forte mainmise de votre personne ? Rappelez-vous les manifestations grandioses de mai 2001 avant la remise du mémorandum aux trois décideurs. C’est dire la capacité de mobilisation et l’adhésion de la population à la ligne claire, radicale et pacifique de l’opposition du FFS au système politique qui domine et exclut la société depuis l’indépendance. Aussi le FFS apparaît-il au double plan national et régional comme l’obstacle le plus coriace à sa stratégie de “normalisation” - au sens brejnévien du terme - du pays. Le monde a été témoin de la répression sauvage qui fut déclenchée délibérément par des oligarques, tous clans confondus, pour annihiler les forces politiques de la Kabylie. Il a assisté en “live”, comme dans un safari, aux exécutions ciblées de 123 jeunes innocents. L’objectif politique de cette opération digne des nazis était de dépolitiser et de radicaliser la jeunesse et l’ensemble de la population en vue de les faire basculer dans le désespoir et la violence. Que le parti ait survécu à cette politique de la terre et de la politique brûlées, c’est presque miraculeux d’autant que les services respectifs liés aux généraux apparemment rivaux avaient conjugué et affiné leurs manœuvres communes d’infiltration et de déstabilisation. En fait, le miracle c’est celui des militants et des sympathisants du FFS dont les convictions politiques sont inébranlables. C’est aussi celui de la lucidité et de la vigilance expérimentée des cadres. C’est surtout la longue tradition de débat au sein des structures. Quant à ma mainmise sur le parti, c’est une affirmation gratuite qui fait partie du chapelet de slogans qui font partie de la guerre psychologique. Les gens savent que j’ai d’autres défauts, mais pas celui d’être autoritaire. Le fait que vous soyez éloigné du pays n’influe-t-il pas sur la bonne marche du parti ? En un sens oui. Ma présence aurait été utile au parti et mon expérience et la confiance que me témoignent les militants m’auraient permis notamment de les aider à éviter les dérives politiques, à appliquer “les résolutions alternatives” prises par le 3e congrès du FFS, à sauvegarder et renforcer le libre débat dans les sections et les fédérations, à prémunir et bannir les pratiques que nous n’avons cessé de dénoncer chez les formations qui ont vendu leur âme au pouvoir. Mais je privilégie mon pays au parti et j’ai conscience que je suis plus utile au plan international. Une autre confession. Pour un militant “l’ancien comme on m’appelle” qui veut rester lui-même, la dernière et la plus difficile des tâches est de se rendre lui-même inutile. Vous aviez, à un moment, dit que les archs sont des créations des services de renseignement. Avec le temps et la tournure du conflit qui les oppose au pouvoir, maintenez-vous toujours cette accusation ? Les Algériens intègres et la population de la Kabylie sont suffisamment édifiés sur le rôle destructeur de ce phénomène. Aujourd’hui, réduits à leur plus simple expression, il n’en demeure pas moins que ces groupuscules et leurs grands acteurs de pacotille restent disponibles pour exécuter les ordres de leurs parrains. L’autonomie de la Kabylie, vous y croyez ? Je crois surtout à l’autonomie et à la toute puissance des maffias locales et régionales qui prennent en otage le destin du pays. Toute réforme octroyée dans ce contexte n’a d’avenir que si elle respecte au jour le jour la stratégie des maffias nationales dont la devise est “diviser et manipuler pour durer”. Entretien réalisé par A. Bahmane Dans la même rubrique :
Hocine AIT AHMED : « Depuis l’Indépendance, ce ne sont jamais les urnes qui ont décidé du destin des Algériens » Le chef du Front des forces socialistes, opposant à la « charte pour la paix et la réconciliation nationale » soumise à référendum jeudi en Algérie, était le jour-même invité de Libération.fr. Il a répondu aux questions des internautes sur son hostilité au référendum de Bouteflika
"Quelles formes prendront les différentes alliances ou regroupements qui émergeront dans une dynamique politique visant à une rupture pacifique ? Ce serait insulter les principes élémentaires de la démocratie que d’en tracer à l’avance les modalités. Je pense en clair que la seule ligne de démarcation se situe entre ceux qui luttent pour une transformation démocratique et ceux qui œuvrent à maintenir un système brutal, bloqué et disqualifié.
Je voudrais aussi insister sur un point fondamental à mes yeux : la solution pour l’Algérie ne réside pas dans la re-création d’un parti unique ou d’un consensus populiste. Nous en connaissons les méfaits et je ne me prêterai jamais à ces regroupements factices, sentimentaux ou d’intérêts. Je ne crois qu’à une chose : une fois la paix civile assurée, c’est seulement dans la dynamique politique et le respect de la différence et du pluralisme que peuvent émerger les structures adéquates." "Vous savez, nous avons un défaut que nous assumons : nous rejetons la violence d’où qu’elle vienne.
Nous voulons une transition démocratique et il va de soi qu’elle doit être faite avec le pouvoir. Encore faut-il que celui-ci accepte de voir dans les forces politiques des partenaires et non des faire-valoir."
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