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TROISIÈME CONGRÈS - Discours d’ouverture de Hocine AÏT-AHMED "le FFS n’abandonnera jamais ces idéaux, car c’est sa raison d’être, de rester fidèle à nos compagnons de beaux rêves pour l’Algérie, d’abnégation et de mots propres ces militants et responsables, si chers et si présents, qui ont été assassinés pour leur dévouement aux idéaux démocratiques et à la stratégie du parti. C’est sa manière de continuer de revigorer et de moderniser le patriotisme d’hier. Le FFS ne tournera jamais le dos au pacte historique scellé, par la guerre d’indépendance, dans des épreuves indicibles de la nation, épreuves très cher payées par la quasi-totalité des familles et des catégories sociales de notre peuple."
Tout d’abord, j’ai la joie et le privilège d’adresser la bienvenue à tous nos honorables invités, maghrébins et étrangers, aux délégués de l’Internationale socialiste (IS), des partis sociaux démocrates, ainsi qu’à tous nos amis représentant divers mouvements associatifs et politiques. Je salue la présence des représentants des chancelleries étrangères venus témoigner leur intérêt au devenir de l’Algérie et au déroulement de nos troisièmes Assises. Bienvenue aussi aux compatriotes, chefs de partis, représentants de la société civile, personnalités et acteurs pour la défense et la promotion des droits de la personne humaine. Permettez-moi, également, d’exprimer ma profonde gratitude à tous ceux et celles de différentes nationalités et que j’aurais tant aimé citer nommément, ceux qui m’ont adressé des messages très touchant à la suite de mon accident cardiaque. De tout cœur, je les en remercie. Comment répondre à ces autres témoignages de sympathie exprimés à la fois par l’ensemble des militants et militantes, par une population qui venait de reprendre confiance en elle-même et par cette formidable jeunesse en quête d’espoir, sinon que l’arrachement a été mutuel. Il a été à la mesure du respect mutuel, de l’estime et de l’affection mutuelles qui nous unissent, au-delà de la politique. Cher(e)s militant(e)s, Je suis profondément ému de vous retrouver, un peu plus d’une année après vous avoir quittés. J’aurais bien aimé vous revoir avant, mais on peut être maître de beaucoup de choses, mais pas de la maladie. Après coup, je regrette d’en avoir minimisé la gravité. Je l’ai fait intentionnellement pour ne pas briser votre élan extraordinaire et avec lui cette formidable dynamique populaire qui a retrouvé dans nos mots d’ordre ses aspirations les plus profonds. Il y a quelques semaines, je pouvais vous rendre une courte visite, - c’est la période où je m’appliquais, comme l’écolier indigène que je fus, à vous écrire de longs messages - je brûlais d’impatience d’assister par surprise à l’un ou l’autre des pré-congrès fédéraux et surtout à l’Audit national et transparent, événement unique dans les annales algériennes, et qui s’est avéré si fervent et instructif. Tout compte fait, je crois bien que ce congrès est la meilleure occasion pour nos retrouvailles. J’en profite pour dire deux mots : Merci pour tout ce que vous avez fait, pour tout ce que nous avons fait ensemble, pendant la campagne électorale. Nous nous doutions quand même un peu, et même un peu beaucoup, entre nous, que le scrutin n’échapperait pas à la tradition coloniale et post-coloniale de traficotage. Mais pour le FFS, l’essentiel n’était-il pas d’avoir créé des liens de confiance et de crédibilité de "Misdaqia" avec la population ? Et pour vous, c’est-à-dire pour l’ensemble des militants, sympathisantes femmes et hommes, n’était-il pas d’avoir pu et su exercer vos droits de citoyens pleinement et intelligemment. Je suis vraiment, vraiment, vraiment fiers de vous. Encore une fois, au-delà de la politique. Mais autre sujet de grande fierté : les luttes politiques difficiles, que vous avez menées jusqu’à ce jour sous la conduite courageuse et responsable de la direction nationale, loin de démentir, ont au contraire renforcé auprès de notre peuple, la crédibilité des valeurs de paix, de liberté, de justice, de droit, de vérité, d’égalité de chances, de solidarité et de pluralisme sur lesquelles nous avons la volonté de reconstruire ensemble, avec toutes les énergies saines du pays, une société prospère ouverte et fraternelle. Cher(e)s ami(e)s ! Je sais que vous attendez de moi autre chose que des civilités. Je vais donc droit au but : le FFS n’abandonnera jamais ces idéaux, car c’est sa raison d’être, de rester fidèle à nos compagnons de beaux rêves pour l’Algérie, d’abnégation et de mots propres ces militants et responsables, si chers et si présents, qui ont été assassinés pour leur dévouement aux idéaux démocratiques et à la stratégie du parti. C’est sa manière de continuer de revigorer et de moderniser le patriotisme d’hier. Le FFS ne tournera jamais le dos au pacte historique scellé, par la guerre d’indépendance, dans des épreuves indicibles de la nation, épreuves très cher payées par la quasi-totalité des familles et des catégories sociales de notre peuple. Nos inlassables luttes pour la paix et le pluralisme ont fini par percer à jour les archaïsmes de l’intégrisme nationaliste ainsi que les dangers des orthodoxies sécuritaires qui ont préparé - à une échelle industrielle - les hécatombes du siècle passé. Elles ont, ainsi, rendu possibles et visibles l’émergence et le développement d’une alternative démocratique de l’unité nationale, qui, seule, nous permettra de vivre nos libertés et nos différences. Pleinement, sans violence et sans complexe. Bref, de nous mettre au diapason, des prémices d’une civilisation planétaire portée par le troisième millénaire. L’on me fera, sans doute grief, de faire dans l’utopie, voire dans le Don Quichotisme, en inaugurant ce congrès par des professions de foi optimistes susceptibles de faire miroiter des processus de sorties de crise et de changements crédibles aussi bien en Algérie que dans le monde. À plus forte raison, quel optimisme paradoxal pourrait-on ajouter, quand j’évoquerai à propos de notre pays, l’impasse politique totale porteuse des plus dangereuses dérives. Ou lorsque touchant au soi-disant nouvel ordre international, j’essaierai de montrer qu’il est loin de réaliser les espérances ouvertes par la chute du Mur de Berlin et la fin de la guerre froide. La mondialisation signifiant, d’un côté désordres généralisés, dans les domaines économique, financier et sécuritaire, et de l’autre, nouvelles désagrégations des sociétés du Monde en Tiers, livré aux nationalismes xénophobes, aux fanatismes religieux, à l’intégrisme ultra-libéral d’une mondialisation irresponsable, et à une prolifération de dictatures sanguinaires et de guerres civiles. Serais-je ainsi, à ce point inconséquent pour passer allègrement de l’utopie au catastrophisme ? Laissez-moi, d’abord, emprunter à la sagesse visionnaire d’Olof Palme, l’un de ses propos : "Nous ne devons pas abandonner l’utopie, parce que l’antagonisme qui confronte les idées aux réalités est à la fois le problème majeur du socialisme démocratique et sa fascinante puissance motrice". Les progrès historiques de l’humanité n’étaient-ils pas des utopies réalisées ? Les chutes successives des dictatures militaires ou civiles en Amérique latine malgré le rideau d’argent n’étaient-elles pas des chimères concrétisées ? Les victoires des régimes démocratiques en Espagne, en Grèce et au Portugal n’étaient-elles pas des rêves accomplis ? L’écroulement en chaîne de cet assemblage continental de systèmes staliniens pourtant voués à l’éternité par le rideau de fer, n’était-il pas l’impossible, devenu l’événement du siècle ? L’avènement, sur les ruines d’une ségrégation sauvage et plus que millénaire, d’une démocratie sud-africaine, inaugurée et consacrée par l’élection libre d’une assemblée constituante n’était-il pas une illusion devenue vérité ? Non loin de nous, le processus de paix israélo-palestinien et israélo-arabe, en dépit des soubresauts et des bégaiements qu’il connaît, n’était-il pas mirage de songe-creux ? Les progrès du processus de démocratisation dans une Indonésie, vouée au chaos par la combinaison d’une interminable dictature militaire, et d’une énorme mosaïque géo - culturelle n’étaient pas moins surprenants. Encore plus proche de nous, l’émergence - par la voie pacifique et consensuelle - de l’Alternance démocratique au pays frère du Maroc n’était pas une "mièvre hypothèse d’école". Quant à l’alternance présidentielle qui vient d’être consacrée au Sénégal par des élections libres et par le respect du verdict des urnes par le parti social-démocrate au pouvoir depuis l’indépendance, n’est- elle pas une prodigieuse évolution ? Etant donnée, la déferlante, à travers le continent, de massacres et de non-sens, commis, au nom d’une spécificité, d’un narcissisme d’Etat et d’un patriotisme sortis de la naphtaline. Bien sûr, qu’il n’en sera pas autrement des grandes transformations Humanistes de demain ; elles ne seront pas des phénomènes de générations spontanées : elles seront faites des utopies d’hier et d’aujourd’hui. L’indépendance de notre pays, l’élection d’une Assemblée Nationale Constituante, deux credo historiquement indissociables, n’étaient-elles pas des utopies, pendant des générations, au regard des réalités coloniales ? Je pourrais passer des heures à vous réciter les quolibets, les railleries, les plaisanteries que les patriotes, nos aînés, les aînés de nos aînés, essuyaient quand ils évoquaient l’idée d’indépendance. Depuis la formule banale " Soyons réalistes", c’est-à-dire parlons de choses sérieuses de la bouche de gens non suspects de colonialisme, jusqu’à l’expression presque lumineuse, "Zalamita ma nârfouch nsenôu ha" (c’est-à-dire : nous ne sommes même pas capables de fabriquer une allumette), en passant par un adage en tamazight, rendu célèbre par la personnalité qui l’a cité au cours d’un meeting, en mai 1945 à la Place du Cheval, aujourd’hui Place des Martyrs : "Idarrn-is deg vellaâ netta yettamaâ ddellaâ" (Ses pieds sont embourbés, mais lui ne rêve que de pastèque) L’Algérie a reconquis son indépendance. Je ne vous assènerai pas l’odyssée du mouvement national, qui depuis les années 1920 a fait mûrir la conscience populaire et engranger le capital politique, les expériences de luttes organisées grâce auxquels le peuple algérien et ses élites successives vont organiser et gagner la guerre de libération. Vous la connaissez mieux que moi. Il s’agit seulement de préciser que les idéaux ne se battent pas tout seuls, à coups de slogans ou de baguette magique, et à notre place ; et par ailleurs, de souligner le rôle mobilisateur et civilisateur des utopies qui expriment, rationnellement, les aspirations réelles et profondes des gens. A ne pas confondre utopie et mythe, des fanatismes de droite et de gauche, qui préfèrent que périssent leurs peuples, voire l’humanité tout entière, plutôt qu’un dogme idéologique ou un schéma de gestion. Cher(e)s ami(e)s L’indépendance algérienne a été d’autant plus sacrée aux yeux des Algériennes et des Algériens qu’elle symbolisait et résumait tous les droits de la personne humaine, niés par la colonisation. Le premier et le plus fondamental de ces droits étant le respect et la promotion du droit du peuple algérien à l’autodétermination. Le droit d’avoir des droits ! D’où la puissance d’attraction et de mobilisation du couple inséparable Indépendance - Constituante dans l’imaginaire collectif et dans la conscience nationale. L’un garantissant l’autre et vice-versa. Dès lors, la marche de la révolution au niveau de la transformation moderne des mentalités, de la culture et des structures sociales, et dans l’édification d’un Etat démocratique, était condamnée à marcher sur ses deux pieds. La souveraineté de l’Etat étant restaurée, en juillet 1962, toutes les conditions étaient, donc, réunies pour que les Algériennes et les Algériens se dotent d’une constitution qui leur permette de bâtir les institutions de sauvegarde et de promotion des droits de la personne humaine, toutes catégories incluses, droits civils, politiques, culturels, économiques et sociaux. Une constitution qui garantisse la seule éradication qui allait de soi et ne devait souffrir aucune hésitation, parce qu’inscrite en lettres de sang et de cendres dans les instruments internationaux et dans les idéaux de la résistance algérienne : c’est l’éradication de l’ignorance et de la pauvreté, de l’oppression et de l’humiliation, de l’arbitraire et de la corruption ainsi que de toute discrimination fondée sur le genre, la race, la langue, la confession ou la région. L’élection d’une Assemblée nationale constituante - combien même avec des candidats cooptés - pouvait conforter l’espoir tenace, que la révolution ne sera pas amputée d’une jambe, estropiée. Et ce, malgré le désespoir suscité par les luttes sanglantes de pouvoir à l’aube de l’indépendance. Ce que nous appréhendions, en effet, c’est qu’un pouvoir imposé par les tanks, soit tenté de faire fabriquer une constitution par une commission triée sur le volet. VOUS CONNAISSEZ LA SUITE, MES CHERS CAMARADES ET AMIS. La première constitution de l’Algérie indépendante sera, en définitive bel et bien élaborée, au cinéma l’empire par une instance surgie de nulle part, composée d’officiers de l’armée et des services, des représentants du parti unique et des "organisations de masse" et bien entendu de parlementaires cooptés. Toute cette opération se déroule en dehors du siège de l’Assemblée constituante, en l’absence des députés, exclus, et singulièrement du président de la représentation nationale, Ferhat Abbas, purement et simplement ignoré. Ce coup de force contre une institution consacrée par le suffrage universel, et ce, en vertu du droit inaliénable du peuple algérien à l’autodétermination allait ouvrir la voie à toutes les dérives autoritaires et policières. Ainsi éclopée, privée de l’indispensable cadre constitutionnel, et de garde-fous institutionnels, qui auraient permis aux Algériens et Algériennes de construire l’Etat démocratique et d’instaurer l’Etat de droit, la révolution perdra son essence. Et la "République démocratique et populaire abolira progressivement mais systématiquement les libertés d’expression et d’organisation dans le but d’enraciner l’orthodoxie et les appareils sécuritaires destinés à asseoir le pouvoir usurpé. Les conséquences de ce coup de force constitutionnel, de ce précèdent par excellence, nous poursuivent jusqu’à nos jours, aussi bien sur le fond que dans la forme. Les recours aux coups d’Etat et à la fraude sont, certes, devenus une tradition pour installer et pérenniser le système ; mais nous retrouvons toujours, également, mais drôlement enrichis et sophistiqués par l’expérience et l’impunité, les mêmes savoir-faire dans la planification la manipulation et la mise en scène qui accompagne leurs "grandes opérations politiques". Rappelons-nous que le projet de constitution fabriqué au cinéma a été quand même proposé à l’Assemblée constituante, pour adoption, par une majorité automatique de députés convaincus par la technique de la carotte et du bâton. Ferhat Abbas et les députés absents parce que fidèles aux principes de légitimité et de légalité, n’échapperont pas à l’accusation de désertion par-dessus le marché, j’allais dire par-dessus la caserne. Ainsi les mauvais coups sont faits dans les formes. Loin de moi, cher(e)s ami(e)s, cher(e)s compatriotes, de vouloir régler des comptes, par l’histoire. Le sens des responsabilités nous oblige à tirer les enseignements d’un passé toujours présent pour mieux connaître et comprendre les arcanes et les pratiques du pouvoir. Les formes /.... Les mises en scènes / Créer l’illusion du vrai /... Que de fois, à l’occasion des manipulations électorales ou dans la gestion des médias étrangers, avons-nous assisté à la théâtralisation du leurre. "Ils sont vraiment champions dans l’art de créer l’illusion théâtrale grâce à laquelle nous attribuons une certaine réalité à ce que nous savons, pourtant, ne pas être vrai" me confiait récemment une personnalité politique. Près de 40 ans d’un régime fondé sur la force et la propagande, ont fait, qu’aujourd’hui, chez nous, aucune des règles partagées par les consciences et les intelligences n’a cours. Les hommes du pouvoir ont tellement pris impunément les habitudes de bafouer la justice, de violer les lois et les constitutions. Ce qui frappe dans les sphères dirigeantes c’est l’absence totale de base morale ni d’horizon éthique. Autrement, comment expliquer la poursuite entêtée d’une politique d’éradication qui ne cesse d’échouer et qui ne cesse de recommencer sous d’autres formes ? Dans cet horrible engrenage à broyer la vie, l’être humain perd toute sa valeur. Il ne prend même pas la forme d’un ennemi, mais d’un objet à détruire. Après huit ans de guerre à huis clos, la logique qui a fait sombrer le pays dans la barbarie est toujours là. A peine atténuée et toujours prête à être relancée. Nous devons nous demander pourquoi les décideurs ont délibérément choisi de placer le pays dans la guerre ? Car la guerre n’était pas inévitable, contrairement à ce que le régime n’a cessé d’affirmer ou d’insinuer. La guerre a été un choix politique. Ceux qui l’ont fait ont décidé que les coûts humains, moraux et matériel que cela engendrerait dans la société algérienne sont secondaires quelle que soit leur ampleur. Alors pourquoi ont-ils fait subir ces horreurs à la population ? Pour sauver le pays des griffes de l’intégrisme ? Balivernes que tout cela. Il n’y avait aucune raison de sortir du cadre constitutionnel. Au contraire, face à d’éventuels périls internes, face à d’éventuelles menaces sur les acquis du processus de transition démocratique et l’unité nationale, l’attitude responsable et patriotique consistait à affirmer de manière résolue son attachement à la constitution et au droit. Mais le cartel des tenants réels du pouvoir ne se posaient pas ce genre de questions : ils ont fait basculer les pays dans le non-droit et la loi de la jungle sans le moindre scrupule. Et c’est sans le moindre scrupule, les turpitudes et les assassinats des extrémistes islamistes aidant, qu’ils ont créé les conditions de la confrontation sanglante en attisant la spirale de la violence et de la contre-violence. Sans scrupule, car la seule question que posait leur stratégie de toujours est de pérenniser leur pouvoir absolu, en s’opposant à tout changement pacifique. Laisser le jeu constitutionnel fonctionner et les partis politiques agir dans le cadre des règles du jeu juridique et politique était perçu par eux comme une redoutable menace au maintien de leurs mainmise sur les institutions et les deniers du pays. A-t-on jamais vu autant de victimes sacrifiées au bénéfice d’un groupe aussi minoritaire ? Cette option catastrophique mise en œuvre en janvier 1992 a été conçue, de l’aveu du général Nezzar lui-même, bien avant les élections législatives. L’islamisme devant servir de repoussoir et de justification aux deux coups d’Etat perpétrés pour annuler les deux élections législatives de juin et de décembre 1991. On ne cessera jamais de rappeler que l’annulation du scrutin de juin 91 était destinée à empêcher l’alternance démocratique et non pas à faire barrage au Front islamique du salut (FIS). Du reste, les dirigeants traditionnels de ce parti, se sentant alors défavorisé par une loi électorale équilibrée, et redoutant leur échec, avaient réagi violemment et même appelé à une grève générale illimitée pour exiger l’arrêt du processus législatif. Ces événements ont été instrumentalisés voire planifiés pour justifier l’intervention des blindés, le 5 juin 1991, la proclamation de l’état de siège et le limogeage du Premier ministre Mouloud Hamrouche, accusé d’avoir initié les réformes par effraction. Deuxième opération : les grands manitous ont délibérément changé le système électoral et charcuté le découpage des circonscriptions pour amplifier au-delà de toute mesure la victoire du FIS en décembre 1991. Pourquoi donc, les tuteurs auto-proclamés - ad vitam aeternam - ont-ils remanié de fond en comble un système électoral qui aurait donné une représentation nationale équilibrée ou du moins proportionnelle au poids électoral réel des forces politiques en présence ? La réponse est claire : plutôt la guerre qu’une alternance librement élue, susceptible d’exercer un contrôle sur les mécanismes de leur gestion absolue. Le fondement de ce pouvoir étant de ne jamais lâcher ou relâcher son contrôle absolu sur le destin et les deniers du pays. Il s’est ainsi condamné à être constamment en guerre contre la souveraineté populaire, contre les forces politiques autonomes susceptibles de constituer une alternative déchargement, contre le pluralisme politique et contre la politique tout court. La seule activité politique qu’il admet est celle des comédies bouffonnes ("Diwan el garagouze") menées par des partis, des associations et des hommes politiques croupions. Pour un régime dont la gestion politique, économique, culturelle et morale, durant trois décennies a été désastreuse, la bipolarisation de la violence a été durant cette décennie rouge la dernière étape pour assurer définitivement son maintien en instaurant un climat de terreur et en laissant l’insécurité s’installer dans tous les domaines. La guerre disait Clausewitz est la continuation de la politique par d’autres moyens. Le stratège allemand évoquait des guerres extérieures. Mais la guerre interne, la guerre civile ne peut en aucun cas être la continuité de la politique. Elle est l’éradication de la politique au sein de la société. Et singulièrement, le refus entêté d’une solution politique. C’est là qu’apparaît le sens de la stratégie du huis clos systématiquement organisée avec des moyens considérables et une perversion diabolique, autour de cette tourmente meurtrière. Cette stratégie vise deux objectifs. Au plan externe, un mot seulement pour l’instant : il s’agit d’isoler l’Algérie de la Communauté internationale, de rendre invisible et illisible la gravité des événements. Une guerre sans image et sans information objective étant la meilleure dissuasion contre toute forme de solidarité internationale. Au plan interne, elle favorise l’extinction de la vie politique, et par conséquent le verrouillage de toute alternative pacifique à la crise. Il fallait enfermer les Algériennes et les Algériens dans la bipolarisation de la violence afin de les contraindre à se positionner en faveur de l’un ou l’autre des protagonistes du sabre et de la kalachnikov. L’état d’urgence devait servir de dispositif pour abolir la transition démocratique. Il s’agissait de créer un climat de terreur pour qu’aucune voix discordante ne soit audible ou visible. On a commencé par mettre dehors les correspondants objectifs de la presse étrangère et hors circuit tous ceux qui au sein du mouvement islamiste pouvaient émettre des consignes de sagesse et développer une réponse politique au coup d’Etat. On a laissé le champ libre aux extrémistes pour pouvoir en tirer argument et prouver que toute discussion politique était vaine et condamner tout dialogue. Dès lors, les appels tenaces et martelés du FFS en faveur du dialogue, d’une table ronde ou d’une Conférence nationale, et ce dans un climat éradicateur chaque jour plus hystérique, ne pouvait que le désigner comme bouc émissaire aux chasses aux sorcières menées par des médias aux ordres. Le but étant de faire courber l’échine aux Algériens assoiffés de dignités et, partant, de "normaliser" ses élites au sens brejnevien du terme. Nous étions sommés de soutenir la politique aveugle d’éradication, sinon nous devenions le suppôt de l’intégrisme, des agents des forces étrangères ! Cela n’a réduit en rien notre volonté et nos efforts en vue d’une solution politique pour mettre fin à l’effusion de sang. Comment tolérer que la population civile continue à payer la poursuite des engrenages de vengeances meurtrières et de manipulations ? Car, c’est elle la victime principale. Tout se passe comme si elle était châtiée, dans tous les domaines de la vie, pour son rejet d’un système corrompu et mafieux et pour ses aspirations à la paix, à la liberté et à la justice sociale. Au niveau économique, le pouvoir ne s’est pas gêné d’instrumentaliser l’état d’insécurité et la terreur pour imposer la politique du Fond monétaire international, FMI. Sans pour autant relancer l’activité économique et créer les conditions sociales et juridiques d’une économie de marché. La flambée du prix des hydrocarbures et les rentrées faramineuses de devises n’ont, en aucune manière, amélioré le sort d’une population rongée par une paupérisation galopante. Par contre, comme si la privatisation des rentes précédentes n’avait pas assouvi les appétits de plus en plus démesurés de la nomenklatura, une nouvelle course de prédateurs continue d’attiser l’éternelle lutte clanique des mafias qui ont contribué à reconstituer la dualité de la société coloniale. Avec un premier collège, une petite couche d’affairistes privilégiés qui utilisent les leviers de l’Etat pour amasser des richesses sans limite. Tandis que le second collège, la majorité écrasante de la population, est condamné à croupir dans la misère. Ils ne se comptent plus les mendiants qui changent le paysage de nos villes. Elles ne se comptent plus les familles qui ont décidé de ne plus envoyer leurs enfants à l’école faute de pouvoir assurer le minimum de subsistance. Il ne se compte plus le nombre de suicides de chômeurs ou de salariés brutalement mis au chômage. En fait, la multiplication des suicides chez les adolescents et les jeunes de 14 à 25 ans atteint l’ampleur d’une épidémie. Ultime cri de détresse devant lequel les gouvernants et leur presse indépendante obsédés par leur phobie des sursauts démocratiques de la société, demeurent aveugles et sourds. Ils continuent, comme toujours, pour se rassurer, à s’enfoncer dans les réflexes de l’autruche. Dans la stratégie du tout-sécuritaire dont l’empire, de toute évidence, s’étend d’une manière préméditée et impitoyable à la gestion des conflits sociaux, source de tous les désespoirs individuels et collectifs. Certes, la répression silencieuse, que subissent chaque jour les travailleurs dans l’ensemble du pays, n’est pas aussi visible que celle qui a férocement frappé les ouvriers d’El-hadjar. Mais celle-ci s’est voulue exemplaire pour éviter que les contestations pacifiques en chaîne ne se transforment en explosion sociale redoutable. Comment ne pas voir se profiler les la réédition, des mêmes fuites en avant, des mêmes calculs d’apprenti-sorciers qui ont ouvert la décennie sanglante. Et ce n’est pas la caporalisation à l’extrême de l’UGTA, totalement coupée du monde du travail, qui pourrait servir de tampon. La terrible tragédie d’octobre 1988, ayant massivement prouvé la nature fictive, trompeuse et inutile de cette “organisation de masse”. CHERS AMIS C’est dans ce contexte national, plus verrouillé que jamais, dans tous les domaines, que le FFS tient ses troisièmes Assises. Puisque tout ce qui est publique semble ne plus relever du droit mais de la propriété privée voire personnelle : cela va, à titre d’illustration seulement, de l’interdiction du parti Wafa qui en avait pourtant rempli les conditions légales, à la fermeture cynique de la télévision au nez de l’opposition démocratique en passant par des petits détails du genre : refuser de louer une salle adéquate et même dans un premier temps de nous faire louer des chaises, avec sans doute l’espoir de nous contraindre à tenir notre congrès dans un poulailler, Au mépris de l’hospitalité et du respect que nous devons à nos hôtes. En vérité, derrière ces petits détails, se profile la frustration du pouvoir d’avoir, d’ores et déjà échoué à fomenter, à l’occasion de ce rendez-vous historique, le renversement stratégique et politique du FFS. Dans sa recherche délirante d’absolutisme, Caligula s’était écrié : “Je veux la lune”. C’était pourtant à une ère où il était à mille lieux de prétendre au contrôle la base de Baïkonour et du Cap Canaveral. Pour les tenant du pouvoir, et cette généralisation nous gêne - mais comment identifier les bons et les moins bons d’entre eux - leur souci permanent depuis des années est de compléter leur panoplie de satellites, en intégrant le FFS dans leur système. Eh bien non, le FFS ne sera pas normalisé. Il a l’histoire la plus longue dans sa résistance à la dictature, et dans sa détermination de concrétiser les idéaux et les valeurs de la social-démocratie. Car ne l’oublions pas : il est née le 29 septembre 1963, dans la foulée d’une mobilisation politique contre le référendum constitutionnel, imposé trois semaines avant. Et comme son nom l’indique, pour opposer au socialisme de caserne, de pensée unique et d’appareils staliniens, une alternative socialiste, fondée sur le respect des droits de la personne humaine etdu pluralismedémocratique. Il a aujourd’hui la responsabilité la plus lourde. Celle d’être le moteur de l’ALTERNATIVE DEMOCRATIQUE. Est-ce que ce mot d’ordre vous dit quelque chose ? C’est la raison d’être même de notre présence ici. C’est une grande et noble ambition. Elle doit être notre œuvre à toutes et à tous. Nous l’accomplirons dans la transparence et le libre débat. C’est dire qu’elle doit transcender les problèmes personnels que nos adversaires ne manqueront pas d’amplifier. Il faut commencer par en définir l’essence et les différents aspects. A cet effet, nous vous avons soumis des projets de programmes alternatifs dans la plupart des domaines : économique, social, culturel et écologique. De même qu’un texte de stratégie politique clarifiant, notamment, nos propositions de sortie de crise. Evidemment l’un des objectifs majeurs c’est de régler la crise de légitimité par un retour à la seule légitimité qui vaille, la légitimité populaire, par l’élection d’une Assemblée nationale constituante. Il s’agit de restituer aux algériennes et algériens leur destin, leur Etat, et l’exercice plénier de leurs droits et libertés démocratiques. Nous pourrions alors renouer avec la révolution dés lors que la nation aura récupérée sa deuxième jambe. Nous revoilà face à l’utopie mobilisatrice. Comme disait Jean Jaurès : “aller à l’idéal en contact avec la réalité”. Votre devoir, notre devoir est donc de faire une analyse lucide des forces et des obstacles qui constituent l’impasse intégrale que nous vivons. Il est aussi de faire l’inventaire des acteurs sociaux et politiques ainsi que des personnalités crédibles, avec lesquels nous pourrions redonner espoir et confiance à la population et l’aider à se prendre en charge. Il s’agit en fait d’amorcer une révolution pacifique et fraternelle. Les convergences crédibles doivent se faire dans des initiatives communes destinées à changer le politique, à révolutionner le concept et l’action politiques pour les réhabiliter aux yeux de la population, de la jeunesse et des couches frappées par la paupérisation. Il faut multiplier les campagnes et les débats avec les citoyennes et les citoyens pour dénoncer l’illégitimité de l’état d’urgence, la fausse vie politique qui est la forme la plus grave parce que la plus pernicieuse du mensonge politique. Et exiger la dissolution des assemblées préfabriquées afin de se débarrasser des vitrines mystificatrices. Ce 3e Congrès doit préparer le parti à jouer son rôle de fédérateur et de catalyseur en améliorant les statuts et les structures dans le sens d’une plus large démocratisation, d’une plus grande transparence, d’une responsabilisation rigoureuse et d’une ouverture véritable. Ces quatre principes constitueront les meilleures garanties contre les dysfonctionnements, le laxisme et un repli sur soi susceptible de couper le parti des réalités et des luttes de la société. Il ne suffit pas d’adhérer au FFS, de manifester dans la rue selon les caprices du pouvoir, de voter ou de ne pas voter, la mobilisation de la société exige du militant une mission désormais plus dure que de faire dans la routine du discours et du tract, il doit certes faire don de ce qu’il sait, mais aussi de ce qu’il est. S’inscrire dans une ou plusieurs activités sociales, lutter aux côtés des catégories engagées pour leur faire partager ses espoirs et ses rêves ; il faut inventer des moyens nouveaux pour combattre l’inertie et la dépolitisation. Créer un état d’esprit participationniste - non pas bien sûr au service et au bénéfice du régime - mais pour prendre en charge leur avenir. Et au bout de tous ces efforts, la conclusion d’un pacte pour l’alternance démocratique. Dans la même rubrique :
texte complet de la résolution de l’atelier KACEM ZIDOUN Les objectifs du millénaire des Nations Unies pour le développement
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