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30/05/2007
Karim Tabbou à l’Authentique : « CA NE SERT A RIEN DE FAIRE UNE AUTRE CONSTITUTION SI ON NE CHANGE PAS DE SYSTEME »

Interview du Premier Secrétaire Mr Karim TABBOU, accordée au journaliste Mahmoud CHAAL, publiée dans le quotidien l’Athentique le 24 Mai 2007.

" Karim Tabbou estime, dans cet entretien, que le divorce entre les citoyens et le pouvoir est consommé. En donnant les raisons de l’échec du scrutin législatif de mai 2007, il dévoile sa stratégie de reconquérir les Algériens en choisissant de placer le FFS en face du système, “dans le camp de la population”.



 
• Quel commentaire faites-vous des résultats des législatives ?

Les résultats n’ont fait que confirmer l’approche et les prévisions du FFS, à savoir qu’il y a une élection et un scrutin pour que tout reste en place. Pour résumer les élections, nous pouvons dire qu’il y a eu un semblant de tout bouger pour que tout reste en place. Nous sommes avec les mêmes équilibres, les mêmes compositions, le même personnel politique avec les mêmes pratiques politiques. Ce qui fait qu’une élection comme celle qui vient de se passer ne fait que creuser l’écart et créer le divorce entre d’un côté la population qui exprime un besoin et ses propres préoccupations. Ses besoins sont des revendications d’ordre politique, économique et social et en face, un régime incapable de solutionner les problèmes des citoyens. Et qui continue à bricoler les institutions et à les mettre en place par le phénomène de récurrence d’élections dont la finalité a donné jour au divorce entre les citoyens et les institutions.

 

• Les résultats sont là, ils sont validés. Quelle est votre appréciation sur la composante mosaïque de la nouvelle APN ?

L’Assemblée nationale a été reconfigurée mais le pays a été complètement défiguré. Aujourd’hui, ce qu’on voit sur le terrain et c’est un avis largement partagé par les citoyens, c’est que l’Assemblée est devenue une Assemblée où se côtoient les assassins et les charlatans. Leur but est de s’arracher une immunité parlementaire pour se dédouaner et ne pas rendre de comptes. Sur le plan sémantique elle ne doit plus s’appeler une Assemblée nationale, puisque la dimension populaire n’existe pas. La prochaine Assemblée sera un carrefour des gens qui ont usurpé un mandat et une souveraineté. En somme, on est dans un pays où nous avons des députés mais pas de parlement. Nous avons des ministres mais pas de gouvernement. Le problème ne se pose pas à l’échelle des personnes ni d’organisation, le problème réside dans le système politique global, qui monte et démonte des institutions au bon vouloir des conjonctures et des humeurs des vrais décideurs.

 

• Aujourd’hui, quel est le rôle d’un parlement dans un pays où toutes les questions importantes sont traitées à son insu ? Je vous laisse le soin de répondre à votre question…

On a eu quelques expériences dans le passé dont je citerais quelques unes. La première c’est que lorsqu’il y a eu la première mandature à laquelle a participé le FFS en 1997, lorsqu’il y a eu une situation explosive dans le pays marquée par des massacres collectifs de citoyens et à grande échelle des populations. Ce jour-là, l’Assemblée nationale n’avait pas daigné se réunir en session extraordinaire pour débattre du vécu du citoyen qui se faisait massacrer dans une violence inqualifiable. Ce jour-là, quand le citoyen avait assisté à des menaces sur son intégrité physique, en face de lui il avait une Assemblée nationale qui l’avait ignoré. Ce jour-là déjà, il y avait un divorce. C’est ce jour-là qu’il fallait s’attendre à un boycott pour plus tard. Lorsque les Lois de finances sont établies sur la base d’un baril de pétrole vendu à 19 dollars et que tout le budget du pays est établi sur cette base et qu’aucune instance, le Parlement, les assemblées ou il y a des partis politiques n’a, aujourd’hui, de droit de regard sur les rentrées historiques dus à la vente du pétrole et le pays vit les mêmes conditions sociales pour ne pas dire plus intenables qu’il y a 10 ans. Quand vous voyez que la majorité des lois qui engagent l’avenir du pays et des générations entières, notamment la loi sur les hydrocarbures, la loi sur la révision du code de la famille… sont passées sous forme d’ordonnance par le chef de l’Etat qui a été le premier à avoir écrasé l’Assemblée nationale. Nous sommes dans un pays où les autorités continuent à faire de l’Assemblée nationale un simple décor destiné beaucoup plus à faire semblant de mettre en place des institutions et les utiliser comme moyen d’incorporation dans le système de tous ceux qui veulent arriver, partager la rente et bénéficier des privilèges. L’Assemblée nationale est devenue le moyen par lequel le système recrute des clientèles.

 

Pendant que les partis débattront à l’APN, quelle sera en même temps l’action politique du FFS ?

Je pense qu’ils ne vont pas pouvoir débattre au sein de l’APN, ils vont plutôt s’occuper de leurs affaires personnelles. Le FFS est dans une autre géographie, celle de la population. Le FFS a fait de la population son vrai Parlement. Nous voulons mener ce combat pour que chaque citoyen soit le député qui se bat sur le terrain pour ses droits sociaux, économiques et politiques contrairement à ces députés qui ont choisi de prendre la direction du pouvoir. Ils doivent avoir honte ces députés de se regarder dans un miroir et se rendre compte que leur salaire est supérieur 15 ou 20 fois au Smig. Ils doivent en se regardant dans le miroir, rougir de voir qu’en face d’eux le miroir leur renvoi l’image de 15 ou 20 travailleurs qui se sont fait renvoyer de leurs entreprises et qui vivent dans le chômage et qui courent dans tous les sens pour arracher un bout de pain. C’est pour cette raison que le FFS a choisi de garder sa crédibilité, sa proximité avec la population. Il est clair pour un parti qui a fait un tel choix, il lui sera difficile. C’est un combat à mener, c’est un sacrifice à consentir. Nous avons conscience que cela coûte cher. Nous sommes décidés après avoir payé les factures depuis 1963 à ce jour à payer d’autres encore, l’essentiel c’est de garder notre proximité avec la population, et notre cap politique.

 

• Est-ce cela qui pousse le FFS à participer aux prochaines élections locales ?

Je ne peux pas anticiper sur la question, mais la tendance est le renforcement de la proximité avec la population. Il faut à ce niveau-là distinguer définitivement l’élection législative destinée à incorporer des gens dans le système d’une élection locale qui est le quotidien direct du citoyen. Je vous cite un exemple. Un député habitant dans un village change de résidence dès qu’il devient député. Il vient aux alentours des Club-des-Pins, d’El-Aurassi et des lieux feutrés d’Alger. Par contre, pour ce qui est du maire, le citoyen peut l’interpeller à tout moment, le rencontrer dans un café dans son quartier… C’est là toute la différence entre un élu local et un député.

 

• Qu’en est-il de l’audit politique du FFS à l’approche du congrès du mois de septembre ?

A la différence des autres partis, nous avons introduit des échéances pour nous imposer une évaluation permanente de nos ressources, nos capacités, nos méthodes et notre personnel. Nous nous sommes imposés un certain nombre de pratiques démocratiques. Je pense qu’elles n’existent pas dans les autres partis politiques. Avant la tenue de chaque congrès, il y a des échéances préalables qu’il faut réaliser. La première c’est la conférence d’audit démocratique et transparente. Cela veut dire que c’est une conférence nationale où sont conviés les responsables ou l’encadrement politique du parti pour faire une analyse introspective et rétrospective du parti sur le plan de ses moyens humains, matériels, de ses effectifs militants, de son discours et de ses méthodes d’action sur le terrain, pour renforcer ce qui est positif et ce qui est négatif. C’est une évaluation globale du parti. C’est une occasion pour nous pour que cette conférence soit élargie. Nous avons besoin d’être regardé par nos partenaires et notre environnement. Il est donc évident que seront invités, à cette conférence, les partenaires politiques du FFS, les leaders locaux existant dans la population, les compétences existantes autour du FFS que ce soit les sections locales, les fédérations, les élus, les responsables politiques du parti. A la lumière de ces débats nous allons adapter le parti à sa stratégie de proximité avec la population.

 

• Si le congrès a lieu comme prévu, il sera placé dans quel contexte politique ?

Il est évident que le congrès du FFS sera celui de l’alternative démocratique, dans un pays où il y a une faillite politique totale, ‘un personnel qui a fini par assurer sa repentance politique. Nous sommes, je pense, un des rares repaires à rester fidèle, aux côtés des populations, aux côtés bien sûr d’un certain nombre de personnalités politiques crédibles qui ont un itinéraire, un capital d’expérience sur le terrain, qui continuent à accroire la possibilité de changer les choses, à travailler aux côtés de la population. Ces syndicats autonomes, malgré toutes les pressions qu’ils subissent, continuent à exister, à militer. Aujourd’hui, il y a des candidats à la députation qui sont aux portes de l’Assemblée nationale. Au même moment, il y a des syndicats qui sont aux portes des tribunaux et des prisons. En faisant la différence, nous avons préféré nous mettre du côté de ceux qui militent, qui se battent au quotidien pour arracher le droit à la dignité et le droit d’exister librement. Donc, le congrès du FFS sera celui de la fédération de toutes ces énergies démocratiques qui sont majoritaires dans la société qui ne sont pas structurées dans les partis qui ont rejoint le pouvoir à l’occasion de ces élections et des autres échéances et qui sont là à se battre, étudiants, femmes, collectifs des jeunes, les militants des droits de l’homme, syndicats autonomes… Je vous le dis, c’est cela le parlement du FFS. Celui de l’action permanente pour la démocratie.

 
• Changement de la Constitution ?

Ce n’est pas une question fondamentale comme le Parlement, sérieuse et de fond. Nous sommes amenés, partis politiques, journalistes, universitaires, observateurs, constitutionnalistes et la société en général à travailler sur des hypothèses plutôt que sur des données précises. Le pouvoir ne donne pas les moyens ni la possibilité à tout ce monde de s’exprimer dans la transparence totale. Aujourd’hui, le problème de la Constitution préoccupe beaucoup plus le système qui veut se tailler une Constitution sur mesure pour assurer un partage de la rente et des rôles dans les institutions et à l’intérieur de la coupole du système. La Constitution n’est pas du tout la préoccupation des citoyens. Ça ne sert à rien de faire une autre Constitution si on ne change pas de système. Toutes les constitutions dont l’Algérie s’est dotées ont été violées l’une après l’autre.

 
• Comment expliquez-vous cela ?

La première Constitution imposée au pays n’a pas empêché le coup d’Etat de 1965. La Charte nationale de 1976, destinée à bâtir les institutions qui résisteraient aux hommes et au temps n’a pas empêché l’effondrement du pays à la fin des années 80. La révision de la Constitution de 1989 n’a pas empêché la destitution de Chadli Bendjedid en 1992. La Constitution de 1996 n’a pas empêché le départ du Président Zeroual. Pour synthétiser, aucune constitution, fut-elle la meilleure, ne peut résister au système en place. Donc, Ça ne sert absolument à rien de changer de Constitution.

 

• Mais certains partis politiques en font leur cheval de bataille…

Belkhadem a été d’ailleurs emmené à faire des déclarations en sa faveur. Ensuite à se contredire plus tard. Cela prouve que la nouvelle Constitution est en train d’être cuisinée par des gens qui décideront de l’opportunité du changement. Belkhadem est là à subir, à souffler le chaud et le froid, selon les températures du baromètre du sérail.

 
Pour conclure, voulez-vous ajouter quelque chose ?

Mon message, je l’adresse à l’endroit de la classe politique. Elle doit comprendre que continuer à participer aux élections c’est être complice d’un montage routinier d’institutions. La population doit se désengager de l’acte du vote. Tuer la démocratie au nom de la démocratie est un acte criminel et participer à enfoncer le pays dans la crise et l’aléatoire en est un autre.

 
Mahmoud Chaal
 


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" Le FFS restera un parti socialiste attaché aux valeurs qui fondent notre identité et notre action politique : la justice, la liberté, la paix, la démocratie, l’épanouissement de l’individu sans négation des réalités collectives, la volonté de progrès. "

" Nous faisons de l’instauration de la démocratie le fer de lance de notre combat politique. "

" La démocratie a partout progressé dans le monde. Dans notre pays ainsi que dans les pays du Maghreb, elle reste à instaurer. ... Pour le FFS, une des urgences nationales et régionales, c’est de stopper les métastases maffieuses de ces systèmes qui bloquent le développement de l’humain maghrébin. "

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Lire l’intégralité de l’interview en langue arabe au niveau de l’interface arabe du site sur le lien suivant :

http://www.ffs-dz.com/article512,512.html

  11/08/2007
 Karim TABBOU au Soir d’Algérie : "On continue à gérer la société par le flic et le fric"

A l’issue de la Rencontre des anciens de 1963 du FFS à Draa Ben Khedda, le Premier secrétaire national a occordé cette Interview publiée in Le Soir d’Algérie du 11 août 2007.

"Où en est la préparation du congrès du FFS ?

Après la conférence des audits et celle des élus, nous comptons organiser trois précongrès régionaux, celui de Draâ-Ben-Khedda en est le premier. Le congrès du FFS aura lieu les 5, 6 et 7 septembre 2007 et Hocine Aït Ahmed sera parmi nous."

" Quelle lecture faites-vous de la révision des listes électorales par le ministère de l’Intérieur ?

Zerhouni a une approche policière de la politique. Il veut gérer l’Algérie comme on gère un commissariat. Cette manière d’obliger les Algériens à donner leur voix n’est qu’une perfection des méthodes de la fraude électorale, une substitution politique à la population. C’est une logique policière d’obliger les gens à voter malgré eux, cette culture de flic ne nous étonne pas car on gère la société par le flic et par le fric."

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