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04/03/2008
KARIM TABBOU : « Le pouvoir joue le pourrissement »
En marge des travaux de la rencontre nationale des maires du parti, le premier secrétaire se prononce sur les luttes syndicales

Article publié par le quotidien " Le Courrier d’Algérie", le 04 Mars 2008 ; synthèse de l’entretien accordé par le premier secrétaire au journaliste Hacène Nait Amara.

" la « judiciarisation » de tous les rapports sociaux ne travaille guère la logique de partenariat. "

"les pouvoirs publics cherchent à casser toute contestation sociale et empêcher ainsi la formation et l’émergence d’un mouvement et d’une conscience sociale. "

" En l’absence de l’Etat de droit, la justice joue le rôle de la police, et celle-ci est devenue un instrument non pas au service du citoyen mais au service de la police ; tout ce qui doit être maquillé sous le bâton doit être confié à la justice."



 « Nous sommes dans un pays très riche, et derrière ces richesses jamais égalées dans l’histoire de l’Algérie, se développe une érosion du pouvoir d’achat, une pauvreté et une déchéance sociale telles que le pays court de très gros risques pour sa stabilité », a déclaré, hier, Karim Tabbou, premier secrétaire national du Front des forces socialistes (FFS) en marge des travaux de la première rencontre nationale des élus locaux (maires) du parti à Alger.

Pour étayer ses dires, Tabbou cite les tentatives répétées des harraga, le nombre de plus en plus croissant de mendiants et un ensemble d’autres maux sociaux. « Tous ces maux se développent de façon ahurissante et contaminent pratiquement toutes les régions du pays. Le premier secrétaire du FFS a ajouté qu’ « à côté d’une société rongée par des difficultés sociales quotidiennes, il existe une Algérie officielle ». Celle-ci, dira Karim Tabbou, est composée d’institutions satisfaites des chiffres de la « croissance virtuelle de l’économie ».

Plus explicite, le premier secrétaire du FFS cite les propos d’un expert qui a divisé l’Algérie en deux : « l’Algérie de dedans », dont les institutions communiquent de faux chiffres et qui croit développer le pays à coups de mensonges et de statistiques biaisées, et « l’Algérie de dehors », composée de tous ces citoyens qui sont de plus en plus confrontés aux difficultés et situations sociales intenables. Aujourd’hui, explique Karim Tabbou « nous pouvons même dire qu’en l’absence d’institutions démocratiques, en l’absence de mécanismes de répartition équitable des richesses nationales et en l’absence d’instruments par lesquels la population exerce le droit de contrôle ainsi que le droit de participation à la décision politique et économique, il est évident que les pouvoirs publics continuent à gérer les affaires du pays en privilégiant le partage de la rente entre les réseaux mafieux et affairistes.

Les agissements de nos responsables politiques confirment que ces dirigeants, dira encore Tabbou, ne sont pas en train de gérer une collectivité humaine mais une collectivité d’intérêts.

Sollicité pour donner son avis quant au recours des pouvoirs publics à la justice afin de contraindre les syndicats à surseoir à leur mouvement de grève, le numéro deux du FFS déplore le recours à ce genre de procédés. Selon lui, la « judiciarisation » de tous les rapports sociaux ne travaille guère la logique de partenariat.

Au contraire, le recours systématique à la justice, dira-t-il, mène à un conflit, et lorsque la confrontation des syndicalistes avec la justice arrive à son point culminant, c’est l’intervention de la police, a-t-il ajouté. A travers cette pratique, dira-t-il, « nous comprenons que les pouvoirs publics cherchent à casser toute contestation sociale et empêcher ainsi la formation et l’émergence d’un mouvement et d’une conscience sociale ».

 Au lieu d’aller à la négociation d’un partenariat et d’un dialogue social pouvant mettre tous les partenaires sociaux (les syndicats, les entreprises… etc), dans une dynamique constructive et dans une logique de partage d’intérêts, mettant en harmonie l’élément humain avec l’élément financier dans une logique du développement du pays, les autorités recherchent l’inverse.

Le premier secrétaire du vieux parti de l’opposition fait constater, en effet, que le pouvoir politique préfère la logique de la répression, voire de destruction de tout mouvement social revendicatif pouvant mettre en cause les intérêts des hommes du sérail.

En l’absence de l’Etat de droit, ajoute- t-il, la justice joue le rôle de la police, et celle-ci est devenue un instrument non pas au service du citoyen mais au service de la police. Tabbou a enfin fait remarquer que « tout ce qui doit être maquillé sous le bâton doit être confié à la justice. » C’est de cette manière, expliquera- t-il, que nos politiciens procèdent à « la répartition des rôles entre les institutions dans le seul souci d’écraser les mouvements sociaux ».

Hacène Nait Amara
 


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