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30/09/2005
Hocine AIT AHMED au Quotidien Suisse le 24 Heures : « Le régime réécrit l’Histoire »

Opposant historique au pouvoir militaire, Hocine Aït Ahmed refuse l’amnistie voulue par le président Bouteflika. Au terme d’une campagne verrouillée, la victoire du oui ne fait aucun doute. Mais sa légitimité est fortement mise en doute.

 Le 24 Heures : Pourquoi avez-vous appelé au boycott du scrutin ?

 Hocine AIT AHMED : Ce projet de Charte n’a rien à voir avec la paix et la réconciliation. Il s’agit d’un plébiscite organisé par le régime pour réaliser les ambitions de Bouteflika et étendre encore ses pouvoirs. Il s’agit d’imposer à notre société une version de l’Histoire écrite de bout en bout par le régime. Cette lecture le blanchit. Il n’y a pas eu de campagne et le résultat sera truqué. La répression n’a jamais cessé. Ainsi, avant le vote, des opposants ont été menacés, brutalisés, comme des familles de disparus qui manifestaient. Un secrétaire de fédération du FFS a encore été arrêté récemment.

 Le 24 Heures : Après plus d’une décennie de guerre, l’amnistie n’est-elle pas préférable à des règlements de comptes sans fin ?

 Hocine AIT AHMED : Le peuple algérien est perclus de souffrances et ne désire rien d’autre que la réconciliation. Mais il sait qu’il ne l’aura pas par la volonté d’un régime dictatorial qui est précisément responsable de la violence. L’Histoire nous apprend qu’il ne peut y avoir d’amnistie sans changement de pouvoir.

 Le 24 Heures : Qui va le plus profiter de la Charte ?

 Hocine AIT AHMED : Bouteflika amnistiera qui bon lui semblera. Déjà, la loi sur la Concorde civile passée en force en 1999 devait en finir avec le maquis et pousser les islamistes à revenir dans leur foyer. Mais cela s’est passé dans des conditions tout à fait opaques. On sait que des islamistes ont eu accès à la rente pétrolière. C’est inacceptable !

Maintenant, la Charte offre l’impunité aux forces de l’Etat qui ont commis des exactions. Elle n’est pas censée s’appliquer aux auteurs d’attentats et des massacres mais, en l’absence d’enquête, il est impossible de savoir qui a fait quoi. Personne ne peut faire aujourd’hui le décompte des responsabilités. Mais la responsabilité principale est celle du pouvoir qui a interrompu l’ouverture démocratique amorcée en 1989 et provoqué ainsi le bain de sang.

 Le 24 Heures : Vous menez votre travail diplomatique depuis la Suisse notamment pour des raisons de sécurité. Comptez-vous retourner définitivement en Algérie ?

 Hocine AIT AHMED : C’est inéluctable.

Publié le 30 septembre 2005

Entretien réalisé par Alexandre Habay



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