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02/05/2006
Forum pour les libertés syndicales organisé par le FFS à Alger le 01 Mai 2006

  • Dénonciation préventive de Hocine Ait Ahmed à l’Assemblée Nationale Constituante - Novembre 1962
  • Intervention de Mr Ali LASKRI, Premier secrétaire national lors du Forum pour les libertés syndicales - 1er Mai 2006


Dénonciation préventive de Hocine Ait Ahmed
à l’Assemblée Nationale Constituante
Opération destructrice des acquis syndicaux sociaux et politique
 

 "Détruire le mouvement syndical est un crime contre les travailleurs et contre le patrimoine politique du pays. Et ce presque mot pour mot : " Quelles que soient les professions de foi socialisantes qui masqueraient cette opération".

C’est ainsi également qu’à titre d’exemple, au cours d’un débat qui n’avait aucun rapport avec le monde du travail, j’avais interrompu l’orateur - avec sa permission et celle du président Ferhat Abbas - pour lancer cet avertissement ­ en substance :
détruire le mouvement syndical est un crime contre les travailleurs et contre le patrimoine politique du pays. Et ce presque mot pour mot : "Quelles que soient les professions de foi socialisantes qui masqueraient cette opération".
Par cette interruption du débat inattendue et véhémente, j’avais pour but de provoquer des demandes d’explication de la part des membres et du bureau de l’Assemblée. Je saisis donc l’occasion de les avertir du coup de force qui se tramait dans l’ombre contre le congrès de la centrale syndicale dont la tenue était prévue pour vers la mi-janvier 1963. Sans me faire trop d’illusions, je comptais sur leurs réactions, sur le fait d’avoir divulgué publiquement la machination, et, partant d’avoir également prévenu les futures victimes, à l’effet de désamorcer un acte de démolition des acquis de ce qu’on pouvait appeler la révolution. L’appel au secours ne fut guère entendu. Le coup de force allait être déclenché selon le scénario habituel. Les apparatchiks du FLN tentèrent dans un premier temps

 Sans me faire trop d’illusions, je comptais sur leurs réactions, sur le fait d’avoir divulgué publiquement la machination, et, partant d’avoir également prévenu les futures victimes, à l’effet de désamorcer un acte de démolition des acquis de ce qu’on pouvait appeler la révolution. L’appel au secours ne fut guère entendu.

de manipuler et de diviser les congressistes pour faire élire régulièrement leurs hommes liges à la nouvelle direction. S’étant heurté cependant à une majorité de délégués formés aux luttes syndicales, sur les deux rives, et tout au long des années de braise, ils n’hésitèrent pas à recourir à un putsch stalino-fasciste, contre les premières assises syndicales de l’indépendance ; car l’enjeu était d’empêcher, coûte que coûte, l’élection démocratique des dirigeants de l’UGTA. Effectivement, une opération menée tambour battant par des zélateurs et agents du pouvoir en place, poussa des centaines de chômeurs et de nouvelles recrues du FLN, à faire "spontanément" irruption dans la salle du congrès et à en faire évacuer la plupart des délégués indésirables. Ce fut là une récidive criminelle incontestable contre le droit du peuple algérien à l’autodétermination dans ses dimensions sociales, économiques et culturelles. Le respect et la promotion des libertés syndicales étant indissociablement liés à la sauvegarde des libertés d’expression d’organisation et de participation, et vice versa. Le ton était donné : On détruira tout ce qu’on ne pourra pas contrôler.

 Le respect et la promotion des libertés syndicales étant indissociablement liés à la sauvegarde des libertés d’expression d’organisation et de participation, et vice versa. Le ton était donné : On détruira tout ce qu’on ne pourra pas contrôler.

Pour tenir cette option éradicatrice du politique pendant des décennies - à l’exemple des ex pays de l’Est - le noyau dur des oligarques s’en remettra au savoir faire des services passés maîtres dans l’art de s’avancer masqués et de se constituer des alliance-vitrines le plus souvent ponctuelles. Les compagnons de route ne manqueront pas à l’appel soit par opportunisme ou candeur, et soit sous l’effet des certitudes religieuses ou de slogans révolutionnaires, assénés par les matraquages médiatiques. Peu nombreux furent les dirigeants de l’UGTA qui s’étaient rendus complices du coup de force scientifique ; les plus honnêtes, parmi eux regretteront de s’être prêté au jeu de massacre.
Novembre 1962
 

 
Intervention de Mr Ali LASKRI
 Premier secrétaire national lors du
Forum pour les libertés syndicales
1er Mai 2006
 

Chers amis, chers camarades, chers partenaires, chers invités.

Trois dates sont chères au cœur des militants du FFS :
Celle du 1ère mai, fête du travail du labeur honnête et la sueur. Autant de valeurs que portent en eux les travailleurs, les chômeurs et les prolétaires.
Celle du 1er novembre. Acte n°1 du long combat pour l’émancipation politique et sociale et aussi, ne l’oublions pas, le droit à une représentation politique et sociale légitime.
Et celle du 29 septembre, date de la naissance de notre parti pour continuer et faire aboutir le rêve de novembre et le contrat programme de la Soummam.
 
Je me permets de vous signaler que la date du 29 septembre se situe entre le 1er mai et le 1er novembre, et qu’au-delà de sa place dans le calendrier, nous la voulons symboliquement comme un trait d’union entre la liberté et la justice sociale.
 
Chers camarades,
Votre présence parmi nous aujourd’hui m’inspire…
un grand plaisir
une fierté légitime
et un grand espoir
 
Un grand plaisir car cette rencontre nous permettra de nous reconnaître mutuellement.
Nous nous rencontrons après des croisements fugaces, insuffisants en terme d’écoute, d’échange et de débats. Prenons l’engagement aujourd’hui de nous donner le temps et la patience nécessaire pour nous écouter et nous entendre chacun dans son point de vue, dans son champ et dans son autonomie.
Votre présence m’inspire une légitime fierté. Comment ne pas être fier d’être devant ceux qui ont arraché, dans l’éducation l’une des rares victoires, si ce n’est la seule de ces dernières années. Ceux qui se sont imposés une véritable représentation syndicale et sociale, et qui l’ont imposée à un système habitué à la cooptation et à la substitution d’une représentation légitime par la nomination et l’intronisation.
Vous avez arraché la victoire de la reconnaissance comme représentant des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes mais aussi par les administrations centrales malgré leur refus de vous agréer. Le communiqué du ministère de l’éducation, invitant au dialogue les « organisations agrées et les représentants des travailleurs », au-delà de son caractère burlesque, fera date comme une reconnaissance de facto. La renaissance, je le jure, ne saurait tarder.
Merci mille fois pour cette victoire obtenue par des moyens et voies pacifiques alors que nous sommes habitués aux résultats concédés comme prime à la violence. Votre constance et votre détermination ont fini par payer et c’est cela qui inspire mon grand espoir.
 
Chers partenaires,
Ce 1er Mai 2006 et votre présence me permettent de vous livrer quelques observations sur une actualité sociale que vous connaissez d’ailleurs mieux que moi.
J’observe avec douleur que l’UGTA si chère à notre mémoire a cessé d’être la locomotive sociale. Le système a usé, abusé, et dilapidé son capital de prestige. Il a eu à son égard une attitude de rentier et de prédateur, comme il l’a eu à l’égard des richesses nationales et des symboles historiques.
En stigmatisant l’appareil bureaucratique qu’est devenue cette conquête et cette œuvre des travailleurs Algériens, je dis tout mon respect, toutes mon affection à ses militants, à ses cadres, à ses travailleurs et à… ses chômeurs.
Je m’incline respectueusement devant la mémoire des ses martyrs.
Je témoigne de ma considération à leur famille et je renouvelle ma fidélité à leur combat.
J’en tire aussi quelques leçons que j’espère utiles pour nous, pour vous, pour eux et pour l’avenir syndical et politique.
Quand une direction, quelle qu’elle soit, se coupe des humbles gens et des acteurs du quotidien, elle se déshumanise. Aussi, gardons-nous de toute tentation ou dérive de récupération, d’instrumentalisation dans un sens comme dans l’autre.
Respectons l’autonomie, l’intégrité et la dignité de chacun et de tous.
Gardons-nous et des rassemblements racoleurs sans contrat clair et des singularisations dogmatiques déconnectées du réel. Nous nous devons l’élaboration d’une langue commune qui dira des actions communes et forgera une proximité et une éthique communes.
 
Chers amis,
J’observe que ceux qui ont choisi dans notre pays leur camp dans l’ordre établi contre toute émancipation sociale, ceux-la même qui judiciarisent illégalement les rapports sociaux, ceux-la même qui militent dans un gouvernement qui a choisi de servir la mondialisation sauvage en lui octroyant les richesses nationales et en réprimant toutes demande de droits sociaux, se renient et se mettent à dire que les augmentations de salaires sont souhaitables et possibles. Ils affirmaient, le contraire la séance passée. Disons leurs, nous sommes preneurs de tous les avantages sociaux, mais sortez de la pratique d’octroi à la logique de négociation.
J’observe aussi que le « système » et ses appendices légiférants et exécutifs déclarent toutes les grèves illégales. Ne voyez-vous pas comme moi que la pauvreté désespère et détruit de nombreux pans de notre société ; Que la violence du système s’avance chaque jour un peu plus vers ceux qui s’y opposent pacifiquement et dans le cadre de la constitution ? Que malgré les efforts méritoires de quelques fonctionnaires sociaux dévoués, mais sans moyens, le marché du travail, est devenu une jungle.
Pourquoi le pouvoir ne déclare t-il pas le travail au noir illégal à la place des préavis de grève ? Pourquoi ne finance t-il pas les conventions sociales au lieu de financer la répression des demandeurs de droit constitutionnel et professionnels ?
J’observe aussi, que lorsque je dis, militants, travailleurs, chômeurs, même combat, j’oublie de dire militantes, travailleuses, chômeuses même combat. Il est temps de changer de mentalité et de méthodes.
J’observe enfin, excusez-moi d’avoir été long, que si le pouvoir a pu se glisser dans le nouvel organigramme de la globalisation, nous avons, nous, du retard à nous arrimer à la solidarité et à consolider la résistance régionale et internationale.
Commençons d’abord par notre Maghreb et définissons-nous un cahier de charges communes, de devoirs et de droits, les uns envers les autres et tous avec nos sociétés. J’ai cité la date du 1er novembre, notre matrice commune. Novembre est né en Algérie et s’est installé dans tout le Maghreb. Il avait un triple engagement : la libération du pays, objectif en partie réalisé, mais la constitution d’un état démocratique et social ainsi que l’union du Maghreb sont des restes encore à réaliser. Communs et en commun.
 
Chers amis,
Permettez-moi chers amis, d’avoir une pensée particulière. Je vous invite à vous joindre à mon émotion pour évoquer les travailleurs palestiniens. Comme l’ensemble de leur peuple, ils sont victimes d’un déni de justice, d’un déni d’Etat, d’un déni de reconnaissance et de solidarité régionale et d’un déni de reconnaissance et de solidarité internationale. Et ce n’est pas tout, ils sont aujourd’hui punis pour la couleur de leur vote. Nous trouvons cela scandaleux !
Pour nous algériens, qui donnons souvent l’image de nous arrimer à l’occident, à son économie de marché et à ses modèles de consommation et l’image de nous détacher de plus en plus de ce Machreq agité, il est de notre devoir moral de leur apporter notre soutien, et notre solidarité militante. Nous devons trouver le moyen de nous concerter avec toutes les forces éprises de paix et de justice, pour décider d’un plan d’action de solidarité nationale, régionale et internationale.
La construction d’un état démocratique et social par une société libre et solidaire, doit être notre tâche commune, notre priorité, ici et maintenant. Rappeler la date du 29 septembre m’oblige à réitérer notre demande, notre exigence jusque-là inaboutie, d’une Constituante légitime et souveraine. Nous la voyons comme un code matriciel d’où seront issus, élaborés et revus tout les autres codes. Notre attachement aux droits de l’homme, tous les droits de tous les hommes, de toute personne humaine, y compris ceux de nos adversaires fait que nous continuerons à militer pour leur concrétisation et leur indivisibilité.
Le FFS, s’engage, dans cet esprit, à ne rajouter aucune division factice à celles nombreuses qui existent déjà. Il s’engage à lever toutes les confusions chaque fois que cela est nécessaire. Il s’engage à œuvrer à la convergence contractuelle entre la société civile et la société politique tant au niveau de la réflexion, que de la logistique et de l’action.
Chacun parmi nous peut casser un mur. Mais c’est ensemble que nous pouvons, que nous devons, construire la maison Algérie démocratique et sociale.
Hocine Ait Ahmed, nous a toujours dit : « Nous devons mettre dans notre indépendance, dans notre état, dans notre souveraineté l’idéal de liberté, de solidarité et de justice sociale. Notre peuple le mérite. Notre société le mérite. Notre pays le mérite.
 
Chers amis
Avant de finir, comment ne pas évoquer aujourd’hui cette énième imposture éhontée d’un régime unique et inique, qui a privatisé l’Etat, qui viole régulièrement les conventions et les pactes internationaux qu’il a pourtant ratifiés, qui viole tous les droits de l’homme, et en particulier les libertés syndicales, et qui ose déposer la candidature de l’Algérie au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU. Il est de notre devoir d’agir pour lever le voile sur la réalité de l’état des libertés, toutes les libertés dans notre pays.
 
Vive la solidarité nationale, Vive la Solidarité régionale, Vive la solidarité internationale.
 
Alger, le 1er Mai 2006
Ali LASKRI,
Premier Secrétaire du Front des Forces Socialistes


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