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07/02/2004
DISCOURS DE HOCINE AIT-AHMED AU CONSEIL DE L’INTERNATIONALE SOCIALISTE - MADRID 7 & 8 février 2004

.." Arrêtons les engrenages destructifs pour construire l’Etat de droit au Maghreb. "..

Monsieur le Président, chers camarades,

Parler de sécurité et de démocratie dans la construction d’une région suppose que des efforts effectifs ont déjà été faits pour la construction nationale.

Si dans la région du Maghreb la nécessité se fait sentir, de plus en plus pressante, auprès des populations de voir s’intensifier les échanges, se multiplier les projets communs et se profiler à l’horizon un avenir moins inquiétant, la réalité est, hélas, toute autre. Si l’ensemble du Maghreb suit avec attention les efforts de démocratisation prudente au Maroc et constate avec tristesse la persistance du gouvernement tunisien dans sa politique répressive, c’est l’ALGERIE qui provoque la consternation.

A la veille d’une élection porteuse de toutes les incertitudes, hormis celle de voir la situation nationale s’améliorer, il est impératif de faire le rappel de ce qui fonde une politique de construction sincère, à savoir l’ Etat de Droit, l’Etat de droit, l’ Etat de droit.

Depuis 1992, l’Algérie s’enfonce dans la crise sous la conduite du même régime qui édifia l’Etat autoritaire et qui, aujourd’hui, travaille à sa déconstruction et à son remplacement par le régime de la criminalité organisée et des seigneurs de la guerre.

On a beaucoup martelé, ici même depuis hier, les dangers que terrorisme et unilatéralisme font planer sur le monde. On a répété à l’envi que la lutte contre le terrorisme ne pouvait se mener de manière efficace, que dans le cadre du respect du Droit, des Droits de l’Homme, et avec la concertation entre tous ceux qui récusent le recours à la violence brutale et indiscriminée.

Nous fûmes heureux de l’entendre dire avec tant de détermination hier et fort accablés de n’avoir pas pu ou pas su suffisamment convaincre de cela durant les dix années écoulées.

Bref, dans ce conflit qui endeuille toujours l’Algérie avec ses dizaines de morts hebdomadaires, qui s’ajoutent aux 200’000 précédents, ses violations quotidiennes des Droits de l’Homme, ses 15 à 20’000 disparus, sa prédation à ciel ouvert, sa justice aux ordres, etc...

Nous avons appris la modestie, le sens du compromis, la modération des ambitions, et même appris à ne rêver que de l’essentiel. Mais nous avons également appris combien il est vital de tenir ses promesses. Nous avons appris que la colère et le désespoir naissent toujours des promesses non tenues .

Monsieur Shimon Peres déclarait hier que nul ne se suicidait à cause de la faim, c’est aller vite en besogne de croire que celui qui a faim ignore les raisons de sa faim. Dans ce conflit, nous avons appris qu’ il n’est ni sage ni rentable, ni moralement acceptable - pour celui qui veut construire - de renoncer à l’exigence d’un cadre politique adéquat pour le redéploiement d’une stratégie commune de sortie de crise basée sur le sens du compromis, le recours au dialogue dans la confiance et le respect mutuel.

Inutile de revenir sur le décor Potemkine chaque fois ravalé au goût du jour, donc sur tous les faux dialogues, les fausses élections, les fausses initiatives qui ont fait de la fausse promesse la seule stratégie de gestion de crise dont est capable un régime aveugle et sourd à tous les appels d’une population éreintée par la crise.

Pire encore, le régime fait de cette lassitude de la population un atout supplémentaire pour la réalisation de ses mascarades électorales. Or c’est là que réside le plus grand danger.

En Kabylie, le viol par l’Etat de ses propres lois en plus des Droits les plus élémentaires des citoyens en destituant les élus a d’ores et déjà relancé la colère de rue et menace d’embraser de nouveau la région.

Partout à travers le pays, le désintérêt à l’égard des rendez vous électoraux du pouvoir s’accompagne d’émeutes et de désespoir à travers villes et villages dont la presse bâillonnée rend régulièrement compte en quelques lignes.

Que dire en si peu de temps si ce n’est qu’encore une fois un signal fort doit être envoyé par ceux que la paix dans la région intéresse, en direction de ce pouvoir qui est le premier obstacle à toute construction nationale et régionale.

Des élections régulières selon les standards internationaux après un dialogue sincère et dans le respect d’un échéancier arrêté en commun avec toutes les forces soucieuses de construction d’un Etat de Droit. Est ce un effort trop grand à demander à tous ceux qui parlent d’un monde plus sûr parce que plus démocratique. Je ne le crois pas. Je crois par contre qu’on ne peut se permettre un tel monde sans avoir inlassablement tout mis en œuvre pour concrétiser un tel effort de construction. C’est ce que nous faisons de notre côté et c’est ce que nous attendons de vous.

Comme l’a si justement réaffirmé notre camarade et frère Saeb Erakat, la démocratie est possible. Aidons là.

Hocine Aït-Ahmed



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